L’aube perçait à peine à travers un ciel chargé de nuages gris, baignant le camp d’une lumière pâle et froide. Nanoh, encore marqué par l’inquiétude de la veille, fut tiré de ses pensées par un murmure d’agitation près des portes. Un groupe d’aventuriers matinaux, partis ouvrir la barricade, venait de découvrir Senja, tapi en silence à côté, sain et sauf. La tension dans les épaules de Nanoh se relâcha, remplacée par une vague d’étonnement face au courage stoïque de l’homme, qui semblait n’avoir aucune peur face à la nuit hostile qu’il avait endurée. Nanoh s’approcha, lui adressant un hochement de tête respectueux, admirant cette résilience silencieuse qui contrastait avec l’atmosphère pesante du camp.
De retour près des braises du feu communal, Nanoh s’assit un moment, caressant distraitement Francis, son gros chat ébouriffé, qui ronronnait sous ses doigts. Il hésitait à sortir tôt pour fouiller, préférant conserver son énergie pour rejoindre Senja dans une expédition prévue en fin de journée. Laisser Francis en ville le rendait nerveux ; les autres survivants, toujours avares de mots, pouvaient voir dans le chat un repas alléchant ou, pire, tenter de se l’approprier. L’idée lui noua l’estomac, et il attrapa sa radio, le regard dur, pour transmettre un message clair.
« Écoutez tous, » grésilla sa voix à travers l’émetteur, ferme et sans appel. « Francis, mon chat, reste en ville aujourd’hui. Si l’un de vous s’avise de lui faire du mal ou de me le voler, je le jetterai dans la cage à viande avant qu’il ait le temps de supplier. C’est clair ? » Il coupa la transmission, posant la radio avec un soupir, ses yeux scrutant les visages fermés des survivants autour de lui. Francis, inconscient du danger, se frotta contre sa jambe, et Nanoh esquissa un sourire crispé, espérant que son avertissement suffirait.
La journée s’annonçait longue, et l’ambiance lourde du camp n’aidait pas. Nanoh décida d’attendre, observant les allées et venues des autres, guettant leurs plans à la radio pour mieux organiser la suite. Il jeta un dernier regard à Senja, qui se préparait déjà pour la journée, son calme imperturbable comme un défi aux horreurs du monde. Nanoh rangea ses affaires, prêt à patienter jusqu’à ce que les intentions du groupe se dessinent, déterminé à garder ses forces pour l’expédition à venir et à veiller sur son improbable compagnon félin.