J4 – Le mot anonyme

Le soleil déclinait lentement, teintant le ciel d’un rouge pâle qui jetait des ombres longues sur les fortifications renforcées du camp. Nanoh, couvert de poussière après une journée passée à travailler dur sur les chantiers, ressentait une fatigue profonde mais aussi une légère satisfaction : les défenses tenaient bon, et l’ambiance, bien que lourde les jours précédents, semblait s’être adoucie. Senja, parti en expédition, avait trouvé un autre bon samaritain pour l’accompagner, laissant Nanoh en ville, où il avait veillé à ne pas se ménager pour le bien commun. Pourtant, en fin de journée, une note anonyme glissée sous ses affaires l’avait piqué au vif : on l’accusait d’être égoïste, de garder trop pour lui. Vexé, il s’était dirigé vers la place du village, bien décidé à tirer cette histoire au clair, sa voix résonnant avec une indignation contenue.

Sous le ciel crépusculaire, près d’un feu mourant où quelques survivants s’étaient rassemblés, Nanoh brandit le papier froissé, sa voix teintée d’une frustration contenue mais sincère. « Qui a écrit que je gardais trop pour moi ? » demanda-t-il, scrutant les visages autour de lui. « Je me rends disponible, je pose des questions pour faire les choses bien, je ne prends pas d’initiatives inutiles, je veille sur les portes chaque soir. Tout ce que j’ai, c’est Francis, une ration mangée pour tenir au chantier, et une gourde d’eau. Si j’ai fait quelque chose de mal, expliquez-moi, parce que là, ça me blesse. » Il croisa les bras, le feu crépitant dans le silence, attendant une réponse.

Zeip, adossé à un mur, haussa les épaules avec un sourire en coin. « T’en fais pas trop, Nanoh. Y a toujours des gens qui râlent pour rien, ou juste pour semer la pagaille. Moi, j’ai pris deux plaintes pour “vol” récemment, alors que je rends toujours ce que je prends. Ça arrive. » Rbinou, l’air un peu embarrassé, leva la main. « Bon, c’était moi. J’ai mis “collectionneur de gros chats mignons” dans ma description, et en voyant que t’avais gardé Francis, j’ai râlé. Désolé si t’as mal pris. Tiens, je t’ai ramené un teckel, si tu veux échanger. » Zeip ricana. « Finders keepers, comme disent les Anglais. » Youn, une femme au ton posé, intervint. « Franchement, Nanoh, je trouve que t’as rien fait de travers. Y a des gens qui aiment juste mettre le bazar, faut pas trop y prêter attention. » Alfihar, bégayant légèrement, ajouta avec un sourire. « Une plainte, c’est rien, c’est juste une p’tite guéguerre de chats. Moi, les chats… b-b-ben, j’trouve ça amusant, mais j’préfère les balancer sur des zombies ! » Ellie gloussa doucement. « Les gros chats mignons, c’est sacré, Nanoh. T’as bien fait de garder Francis. »

Revigoré par cet élan de soutien, Nanoh sentit sa colère s’évaporer, remplacée par un sourire timide. « Bon, d’accord, Rbinou, garde ton teckel, mais Francis reste avec moi. Et merci à vous tous, ça fait du bien de savoir qu’il y a des gens solides ici. » Il secoua la tête, amusé par l’absurde proposition du teckel, et s’adossa à un poteau, le cœur plus léger. Il jeta un regard vers Francis, qui somnolait près du feu, et une chaleur discrète l’envahit. Ces gens, malgré leurs silences et leurs bizarreries, étaient des alliés sur qui il pouvait compter. Lorsque l’heure vint de fermer les portes, sa tâche habituelle, il s’y attela avec une énergie retrouvée. Les lourdes planches semblaient moins pesantes ce soir, comme si le soutien du groupe avait allégé son fardeau. Une fois les portes closes, il s’assit un instant près de Francis, observant les étoiles percer le ciel sombre.