Le quatrième jour s’annonçait sous un ciel clair, mais l’air portait une tension subtile, comme si chaque survivant sentait le poids des jours à venir. Nanoh, après avoir soigneusement planifié une expédition vers le sud-ouest et obtenu l’accord du village pour puiser dans la banque commune, se préparait pour un périple ambitieux : un voyage de plus de soixante-dix kilomètres à la recherche des ruines légendaires, censées abriter des plans cruciaux pour la survie de la ville. En début d’après-midi, il partit, son sac chargé de vivres, d’une gourde d’eau et d’une précieuse pilule de Twinoid 500, censée lui donner l’endurance nécessaire pour couvrir une telle distance. Le trajet se déroula sans heurt, les quelques zombies croisés, errants et affaiblis, ne posant aucune menace sérieuse. Nanoh, agile et prudent, les évita sans difficulté, son regard fixé sur l’horizon où les ruines étaient supposées se dresser.
En fin d’après-midi, alors que le soleil plongeait rapidement, projetant des ombres allongées sur le sol craquelé, Nanoh atteignit l’extrémité de la route qu’il s’était fixée pour ce premier jour. L’endroit, un creux abrité par des rochers et quelques arbres décharnés, semblait propice pour établir un campement, bien que passer la nuit dehors restait un pari risqué. Il installa son abri avec soin, entassant des pierres pour renforcer sa cachette, puis vérifia son matériel une dernière fois. Le silence du désert, seulement brisé par le vent, lui pesait, mais il attrapa sa radio, la voix ferme malgré l’incertitude qui le rongeait, pour transmettre un message au camp.
« Ici Nanoh, » grésilla sa voix dans l’émetteur, portée par les ondes jusqu’au village. « J’ai atteint le point prévu au sud-ouest, à environ dix-huit kilomètres. Je me terre pour la nuit dans un coin à peu près sûr. Si… si je ne passe pas la nuit, sachez que j’ai été heureux de partager cette aventure avec vous tous. Prenez soin de Francis pour moi, d’accord ? » Il coupa la transmission, le cœur serré, et s’adossa à un rocher, attendant une réponse, les yeux fixés sur l’horizon où le soleil disparaissait.
La radio crépita bientôt, et la voix de Zeip, rauque mais rassurante, brisa le silence. « Hé, Nanoh, t’as des tripes d’aller aussi loin, mec. Planque-toi bien, et fais gaffe aux zombies. Ils sont pas tous aussi mous que ceux que t’as croisés aujourd’hui. T’as intérêt à revenir avec ces plans, on compte sur toi. » Un sourire furtif traversa le visage de Nanoh, réchauffé par ces mots simples.
Youn intervint ensuite, sa voix douce mais ferme. « Nanoh. Reste prudent, d’accord ? On gardera un œil sur Francis, t’inquiète pas. Reviens-nous en un seul morceau. » La mention de Francis fit naître une pointe d’apaisement dans l’esprit de Nanoh, même s’il savait que le chat était entre des mains incertaines.
La radio redevint silencieuse, et Nanoh rangea l’émetteur, son regard se perdant dans l’obscurité grandissante. Il se glissa dans son abri, immobile, le souffle contenu, repensant à Zeip, Youn, Alfihar, Rbinou, et tous les autres. Leurs voix, même à des kilomètres, formaient un lien fragile mais vital, un rappel qu’il n’était pas seul. Chaque craquement dans la nuit le faisait tressaillir, mais il s’efforça de chasser la peur, s’accrochant à l’espoir de se réveiller à l’aube, et non au milieu d’un assaut de zombies. Les ruines l’attendaient, et avec elles, peut-être, un avenir pour le camp. Pour l’instant, il n’y avait que le silence, et le désert immuable.
[RP de Zeip]
Prenant enfin conscience du plan de Nanoh, Zeip attrapa sa radio d’une main tremblante. “Nanoh ! J’imaginais pas que t’envisageais de camper au milieu du désert, c’est vachement risqué ce que tu nous fais là ! D’habitude, on nettoie un bâtiment pour s’y planquer.”
Après un vif coup d’oeil sur la carte, le visage de Zeip devint livide. Sa voix tremblante trahissait une vive inquiétude. “T’es déjà trop loin pour un retour en ville, même tel le héros que tu es. Si tu passes la nuit, fais ce qu’il faut pour rentrer en ville demain. Les risques que tu as pris et ton dévouement sont tout à ton honneur. Si, par malheur, on ne te revoyait pas, sache que c’était un honneur de survivre à tes côtés et j’espère vite te recroiser dans une future vie.
La nuit s’était abattue sur le désert, un voile d’obscurité troué seulement par les étoiles qui scintillaient faiblement au-dessus du campement de fortune de Nanoh. Blotti dans son abri de fortune, entre les rochers et les branchages, il serrait sa radio contre lui, le cœur battant au rythme des mots de Zeip, dont la voix tremblante révélait une inquiétude sincère. Le vent, froid et mordant, sifflait doucement, portant avec lui le poids du danger que Nanoh n’avait pas pleinement mesuré avant de partir. Les paroles de Zeip résonnaient dans sa tête, lui faisant prendre conscience de l’audace – ou de la folie – de son choix de camper si loin, sans la sécurité d’un bâtiment. Pourtant, l’importance des plans supposés se trouver dans les ruines l’avait poussé à agir, et il n’y avait plus de retour en arrière possible ce soir.
Il attrapa sa radio, baissant la voix pour ne pas trahir sa position dans l’immensité silencieuse du désert. « Zeip, » murmura-t-il, le ton calme mais teinté de regret, « j’avoue, je n’ai pas vraiment mesuré tout le risque. Manque d’expérience, sans doute. Mais ces plans, ils pourraient changer la donne pour la ville. Ça valait le coup d’essayer. Je vais rester discret et rentrer demain, promis. » Il coupa la transmission rapidement, conscient que chaque son pouvait attirer des rôdeurs tapis dans l’ombre.
Nanoh se recroquevilla davantage dans son abri, les yeux fixés sur les étoiles, qui semblaient lui accorder une chance raisonnable de survie, mais pas une certitude. Le froid du désert s’infiltrait dans ses os, et chaque bruissement dans la nuit faisait battre son cœur plus vite. Il repensait à la ville, à Francis, à ses compagnons, et à l’espoir que sa mission porterait ses fruits. Pour l’instant, il n’avait d’autre choix que de rester immobile, retenant son souffle, et d’attendre que l’aube le trouve encore en vie, prêt à poursuivre son chemin vers les ruines.