La nuit, froide et impitoyable, enveloppait le désert d’un silence oppressant, seulement brisé par le murmure du vent glissant sur les rochers. Nanoh, terré dans son abri de fortune, luttait contre le sommeil, ses sens en alerte, la pilule de Twinoid 500 encore vibrante dans ses veines. Les étoiles scintillaient au-dessus, mais leur lumière semblait distante, presque moqueuse, face à l’obscurité qui l’engloutissait. Passé minuit, un bruissement sinistre déchira le calme – un frottement de chairs mortes, un grognement guttural, à peine perceptible mais terrifiant. Son cœur s’emballa. Il n’était plus seul. Un groupe de zombies, flairant sa présence, s’approchait, leurs pas traînants raclant le sol comme une menace inéluctable. Nanoh, réveillé en sursaut, n’eut que le temps de saisir son couteau, son souffle court, ses muscles tendus comme des cordes prêtes à rompre.
Les ombres des morts-vivants surgirent dans la clarté blafarde de la lune pleine, leurs silhouettes décharnées se découpant comme des spectres sortis d’un cauchemar. Trois d’entre eux, les yeux vides et les mâchoires claquant, se jetèrent vers lui. Nanoh, porté par l’adrénaline, plongea son couteau dans le crâne du premier, le métal crissant contre l’os dans un bruit écœurant. La créature s’effondra, mais les deux autres, implacables, tendirent leurs griffes putréfiées, leurs doigts effleurant son bras. Il recula d’un bond, évitant de justesse leurs étreintes, et s’élança dans une course désespérée, ses bottes martelant le sol aride. La lune, bénédiction céleste, illuminait une vieille route à la lisière du désert, guidant ses pas dans cette fuite éperdue.
Mais le répit fut de courte durée. Un grognement collectif, plus grave, plus nombreux, résonna derrière lui. Un autre groupe de zombies, attiré par le bruit de sa course, émergea des ténèbres, leurs silhouettes titubantes convergeant vers lui comme une marée funeste. La panique menaçait de l’engloutir, mais au loin, baigné par la lumière argentée, il aperçut un miracle : un camion de fret abandonné, sa remorque ouverte comme une promesse de salut. Nanoh redoubla d’efforts, ses poumons brûlant, ses jambes hurlant de douleur. Il se précipita dans le conteneur, ses mains tremblantes saisissant la porte arrière. Un zombie, plus rapide que les autres, glissa ses doigts putréfiés dans l’ouverture, ses dents claquant à quelques centimètres de son visage. Dans un élan d’instinct de survie, Nanoh attrapa une barre de fer rouillée qui traînait au sol et l’abattit sur le crâne de la créature, qui s’effondra dans un gargouillis écœurant. Il claqua la porte, tirant le verrou avec une force née de la terreur.
À l’intérieur, le silence du camion était presque irréel, seulement troublé par les grognements étouffés des zombies qui s’agglutinaient autour, leurs ongles griffant futilement la carrosserie. Par chance, le conteneur était vide, et un passage étroit menait directement au poste de conduite, offrant une vue sur l’avant, où les morts-vivants se pressaient sans pouvoir grimper. La remorque, haute et robuste, était une forteresse improvisée. Épuisé, il s’adossa à la paroi, la barre de fer encore serrée dans sa main, son cœur battant à tout rompre. Il prit sa radio, ses doigts tremblants peinant à presser le bouton, et parla d’une voix rauque, à peine audible, mais empreinte d’un soulagement presque surnaturel.
« Ici Nanoh, » chuchota-t-il, craignant encore d’attirer l’attention malgré la sécurité du camion. « J’ai… j’ai survécu. J’ai été attaqué par des zombies, mais j’ai trouvé refuge dans un vieux camion de fret. C’est solide, verrouillé, et ils ne peuvent pas entrer. Je suis en sécurité pour la nuit. J’attendrai le lever du jour pour planifier ma fuite et continuer vers les ruines. » Il coupa la radio, le silence retombant comme une couverture pesante.
Nanoh relâcha un souffle tremblant, ses yeux balayant l’intérieur sombre du conteneur. Refusant de s’installer à l’avant, trop exposé à son goût, il entreprit de fortifier l’arrière. Il entassa tout ce qu’il trouva – des caisses vides, des bouts de métal rouillé, une vieille bâche – pour barricader l’accès au passage menant au poste de conduite, renforçant son refuge d’acier. Avec ce qui restait, il improvisa un lit de fortune, étendant la bâche sur le sol froid et y ajoutant son sac comme oreiller. Les grognements des zombies, persistants mais impuissants, formaient une rumeur sourde à l’extérieur. Nanoh s’allongea, la barre de fer à portée de main, son corps épuisé mais son esprit encore hanté par les ombres qu’il avait fuies. La lune, visible à travers une fente dans la paroi, semblait veiller sur lui. Il ferma les yeux, s’abandonnant à un sommeil fragile, espérant que l’aube le trouverait indemne, prêt à reprendre sa quête vers les ruines.
Le soleil perçait à peine l’horizon, ses rayons pâles chassant les ombres de la nuit alors que Nanoh quittait discrètement son refuge dans le camion de fret. Les grognements des zombies s’étaient tus, et le désert, silencieux, semblait retenir son souffle. Après avoir appris par radio, au cœur de la nuit, que Senja avait localisé les ruines à plusieurs kilomètres au nord de sa position, Nanoh décida de poursuivre sa route, déterminé à ne pas rentrer bredouille. Ses jambes, encore lourdes de la course effrénée de la veille, le portaient vers le sud-ouest, où il espérait encore trouver quelque chose d’utile. À midi, il s’arrêta sous un arbre squelettique, déballant une ration pour reprendre des forces. La radio crépita lorsqu’il la saisit pour contacter le camp.
« Ici Nanoh, » dit-il, la voix fatiguée mais claire. « Je suis à mi-chemin du retour. Senja a trouvé les ruines au nord, mais je suis trop loin pour rejoindre l’effort de fouille là-bas. Est-ce que vous avez besoin de moi pour creuser quelque part, ou je continue vers la ville ? » La réponse de Zeip ne tarda pas, teintée de son pragmatisme habituel. « Rentre te reposer, Nanoh. T’as déjà fait un sacré bout de chemin. On gère ici. » Nanoh hocha la tête, bien que personne ne puisse le voir, et décida de fouiller les environs avant de repartir.
Il passa une partie de l’après-midi à explorer le site où il s’était arrêté, une zone de décombres épars et de ruines à moitié ensevelies. Ses trouvailles furent modestes mais précieuses : quelques médicaments, du matériel électronique encore fonctionnel, une poutre en bon état, un jerrycan rempli d’eau croupie qu’il pourrait purifier en ville, et une statuette étrange, sculptée dans une matière qu’il ne reconnut pas. Conscient de ne pouvoir tout porter, il fit un tri sévère, abandonnant la poutre et l’eau pour ne garder que les objets les plus précieux : les médicaments, l’électronique et la statuette, qu’il glissa soigneusement dans son sac. En milieu d’après-midi, il reprit la route, ses pas plus assurés malgré la fatigue, et atteignit la ville alors que le soleil déclinait, peignant le ciel d’un rouge familier.
Épuisé mais soulagé d’être de retour, Nanoh s’apprêtait à saisir sa radio pour célébrer son retour et partager ses trouvailles, lorsqu’un morceau de papier accroché à sa porte attira son regard. Les mots, griffonnés à la hâte, le glacèrent : « Francis a été subtilisé. Celle qui a fait ça est Ellie, vue hier soir à 23h30. Signé : Le corbeau. » Son cœur se serra, une vague de colère et d’incrédulité le submergeant. Ellie, qui avait semblé apprécier Francis, qui avait ri de bon cœur à propos des « gros chats mignon » ? Cela n’avait aucun sens. Il prit une profonde inspiration, s’efforçant de garder son calme. Peut-être avait-elle cru Francis en danger, peut-être l’avait-elle pris pour le protéger. Il refusait de céder à la panique avant d’avoir des réponses. Saisissant sa radio, il lança un appel, sa voix ferme mais mesurée.
« Ellie, ici Nanoh, » dit-il, pesant chaque mot. « Je viens de rentrer et j’ai trouvé un mot disant que tu avais pris Francis. Je ne comprends pas. Si tu l’as avec toi, peux-tu m’expliquer pourquoi ? Je veux juste savoir qu’il va bien. Parle-moi, s’il te plaît. » Il coupa la transmission et s’adossa à sa tente, les yeux fixés sur la radio, attendant une réponse. Quelques instants plus tard, il entendit un cri familier : « Nanoh ! » C’était Ellie, sa voix vibrante de joie, traversant le camp. Elle apparut, Francis dans les bras, le chat remuant à la vue de son maître. Elle le posa délicatement au sol, et Francis s’élança vers Nanoh, sa queue dressée, ses miaulements mêlant amour et reproches. Nanoh s’agenouilla, caressant le félin avec un soulagement palpable, son regard rencontrant celui d’Ellie.
« Merci, Ellie, » dit-il doucement, la tension s’évanouissant de ses épaules. « J’ai eu peur qu’il lui soit arrivé quelque chose. Merci de l’avoir protégé. » Soulagé, il sentit une chaleur familière l’envahir, comme s’il retrouvait enfin sa place dans ce camp chaotique. Autour de lui, l’agitation reprenait : les survivants s’affairaient, fixant des tôles, renforçant des murs, savonnant les palissades extérieures pour préparer la nuit, qui s’annonçait plus rude que jamais. Nanoh, malgré sa fatigue, se joignit à l’effort, ses dernières forces dédiées à clouer une planche, à consolider un barricade. Lorsque le travail fut terminé, il s’installa près du feu, Francis lové à ses côtés, observant les flammes danser sous un ciel criblé d’étoiles, son esprit apaisé par le retour à la maison et la solidarité du camp, prêt à affronter la nuit suivante.