J8 / 9 – Péripéties

Le jour s’ouvrit sous un soleil impitoyable, une boule de feu calcinant le désert et projetant des ombres déchiquetées sur les fortifications de fortune du camp. L’air, épais de chaleur, collait à la peau, drainant les forces même des plus déterminés. Les survivants s’affairaient avec une urgence silencieuse, leurs visages marqués par le poids des jours passés à lutter pour des bribes d’espoir dans un monde qui n’en offrait plus. La découverte des ruines par Senja avait allumé une lueur d’espérance, mais elle était éclipsée par la menace omniprésente de la nuit, lorsque les zombies surgiraient, implacables et affamés. Au milieu du cliquetis des outils et du murmure des voix épuisées, le camp vibrait d’une vitalité fragile, chaque âme s’accrochant au fil ténu de la camaraderie qui tenait le désespoir à distance.

En fin d’après-midi, la voix d’Alwirge perça le crépitement de la radio, un appel désespéré qui glaça ceux qui l’entendirent. Elle s’était aventurée trop loin, poussée par la promesse d’une tôle précieuse, un trésor qui aurait pu renforcer les murs du camp. Mais le désert avait ses propres règles, et un groupe de zombies, plus nombreux qu’elle ne l’avait anticipé, l’avait surprise. Ses mots, hachés par la peur et l’épuisement, racontaient une lutte acharnée : elle avait couru, esquivé, usé chaque once de force pour se traîner plus proche de la ville, ses jambes tremblantes, son souffle court. « J’ai tout donné… c’est fini, » murmura-t-elle, la résignation perçant sous son courage. Zeip, sa voix rauque teintée d’une incrédulité bourrue, répondit depuis le camp, ses mots oscillant entre reproche et inquiétude. « T’es partie sans rien pour rentrer ? C’est quoi, ce plan ? » Mais il ne resta pas inactif. Avec détermination, il proposa de boire un mélange d’eau, d’alcool et de drogue pour forcer ses limites, prêt à braver le désert avec deux Twinoids pour la ramener. Rbinou, rejoigna l’effort, glissant une Twinoid dans le sac d’Alwirge avec un mélange d’humour maladroit et de sérieux. « Elle est là, prends-la, je peux pas te la donner directement, hein. » Lorsqu’Alwirge, sauvée de justesse, reparla à la radio, sa voix tremblait de gratitude et de honte. « Merci… et désolée pour les ressources gâchées. » Zeip balaya ses excuses d’un ton bourru. « On a utilisé ce qu’on avait en trop. L’important, c’est que t’es là. » Son sauvetage rappela à tous la force brute de leur communauté.

Alors que le crépuscule enveloppait le camp d’ombres menaçantes, un nouvel appel déchira l’air à travers le crépitement de la radio. La voix d’Alfihar, tremblante mais teintée d’une tentative maladroite de légèreté, résonna: « J-j’ai fait une boulette… j’sais pas si j’vais m’en sortir ! » bégaya-t-il, ses mots alourdis par une peur viscérale. Il raconta une erreur de novice : un chaton, qu’il avait cru inoffensif, s’était retourné contre lui, ses griffes minuscules laissant une plaie désormais infectée. Entouré de dix zombies, leurs grognements gutturaux se rapprochant, il avait improvisé un campement au cœur d’un cauchemar. « Un cas d-désespéré, » plaisanta-t-il, son humour noir masquant à peine la terreur d’une fin imminente. La voix grave de FalconCooper, empreinte d’inquiétude, demanda des détails, mais la distance était trop grande, les ressources trop rares, et la nuit trop proche. Le camp, encore secoué par le sauvetage d’Alwirge, tenta de s’organiser, mais aucune expédition ne put être montée à temps. Les survivants, impuissants, se mordirent les doigts, leurs murmures anxieux emplissant le puits central alors que la nuit engloutissait Alfihar. Le matin suivant, un message radio, faible mais clair, apporta un soulagement : Alfihar avait survécu, seul contre les ténèbres, un miracle que tout le monde accueillait comme un souffle de soulagement face à la cruauté que pouvait représenter la moindre erreur.

Au cœur de cette tension, une distraction inattendue émergea, comme un souffle d’air frais dans l’étouffante réalité du camp. Autour du puits, les survivants s’étaient lancés dans un jeu absurde, échangeant des noms d’ingrédients sans but précis, comme si l’acte de nommer des aliments ravivait des souvenirs d’un monde où la faim n’était pas une menace constante. Senja lança le premier mot, « Banane », avec une nonchalance presque provocante. Boudathor suivit avec « Salade », puis DocCid ajouta « Oignons ». GwenTanamus, depuis sa radio, proposa « Kebab », un mot qui arracha des rires fatigués. Le jeu continua, Boudathor ajoutant « Pain », Ellie glissant « Mozzarella » avec un clin d’œil malicieux, suivi de « Vinaigrette », « Kiwi », « Basilic » et même « Framboise ». Chaque mot semblait défier le désert comme un acte de rébellion.

La veille au soir, alors que les flammes du feu communal dansaient sous un ciel criblé d’étoiles, Zeip s’était assis, sa guitare usée entre les mains. D’ordinaire, il reprenait des airs connus, mais cette nuit-là, marqué par les nouvelles inquiétantes d’un autre survivant, il confessa un manque d’inspiration. Pourtant, ceux qui s’étaient attardés près du feu jurèrent l’avoir entendu chanter une nouvelle chanson, une ode brute aux âmes du camp, née de ses propres luttes et espoirs. Les paroles, murmurées par les survivants au matin, résonnaient ainsi :

**Chanson de Zeip : Les Ombres du Désert**
Sous un ciel de cendres, où la mort nous traque,
On cloue des planches, on défie l’attaque.
Les zombies hurlent, mais nos cœurs s’accrochent,
Dans ce désert, la flamme jamais ne s’efface.
On creuse la terre, on tombe, on se bat,
Chaque mur dressé nous vole un peu d’éclat.
Mais côte à côte, sous la lune blafarde,
On tient la ligne, on brise la harde.
Pas de héros ici, juste des âmes usées,
Des rêves brisés que le vent a emportés.
Mais tant qu’on chante, tant qu’on tient la route,
On défie la nuit, on conjure le doute.

La chanson, simple mais vibrante, avait flotté dans l’air, ses notes rauques portant une vérité crue : ils étaient vivants.