J3 – Le retour d’un ami

Jour 3. Le désert s’étendait autour de moi, un océan de sable brûlant sous un ciel implacable. J’avais passé la journée à fouiller les environs de la ville, restant prudemment près des barricades. Un étrange souvenir me hantait, comme une cicatrice mentale : une fois, je m’étais aventuré trop loin, et ça avait mal tourné. Était-ce un rêve ? Un jour oublié ? Impossible, j’étais là depuis seulement trois jours. Pourtant, ces images étaient à la fois si vivides et si lointaines, comme un écho d’une vie qui n’était pas tout à fait la mienne. Je secouais la tête, chassant ces pensées floues, et continuais à fouiller. La chance m’avait souri, d’une certaine manière : des réserves de nourriture abandonnées, des caisses métalliques scellées que je n’avais pas pu ouvrir, et, curieusement, un bâton de dynamite. L’idée de m’improviser artificier m’avait arraché un rire nerveux – un tel boucan aurait attiré tous les zombies du pays.

En rentrant au camp, j’observais l’agitation qui animait notre taudis de fortune. La ville vibrait d’une énergie brute : mes camarades, pleins d’entrain, allaient et venaient sans crainte. Certains partaient fouiller sans hésiter, d’autres s’acharnaient à l’atelier ou au chantier, travaillant à la construction du Purificateur des Âmes Disparues. Les pertes des premiers jours – ces têtes brûlées qui s’étaient aventurées trop loin – semblaient n’avoir entamé personne. Ce soir, une commune s’organisait autour du feu pour planifier la nuit. Boudathor, élue chamane une fois de plus – ou était-ce une impression étrange ? – dirigeait les débats avec assurance. Je me portais volontaire pour fermer la porte avec Sanom, un colosse au casque de guerrier d’un autre âge, dont la présence imposante inspirait un respect immédiat. Ses yeux, sous son heaume, brillaient d’une détermination tranquille.

Avant de rejoindre la commune, je passais chez moi poser mes affaires. Un mot griffonné était accroché à la porte, écrit d’une main hâtive : « NANOOOOOOH ! Je l’ai retrouvé ! Il était planqué dans le désert entre une âme bleue et des jerrycans ! Il a dû me reconnaître parce qu’il m’a tout de suite sauté dans les bras et il a foncé chez toi dès qu’on est rentrés en ville ! » Mon cœur s’emballa sans que je sache pourquoi. Je me précipitai à l’intérieur, et là, au centre de mon taudis, un gros chat, adorable, me fixait de ses yeux perçants. Francis ! Mon compagnon ! Sa présence fit jaillir des souvenirs comme une cascade : Zeip, les combats, une vie antérieure où nous avions lutté côte à côte. J’étais mort, oui, mort ! Et Zeip… Zeip avait continué, défiant la horde jusqu’à son dernier souffle. Ces images, étrangement claires, semblaient venir d’un temps après ma propre fin. Une vague d’émotions m’envahit – joie, douleur, fraternité – et je courus vers la commune, où le feu crépitait déjà.

Zeip était là, sa guitare fidèle à la main, achevant une mélodie douce-amère qui flottait dans l’air poussiéreux. Nos regards se croisèrent, et en un instant, tout fut clair : il se souvenait, lui aussi. Sans un mot, je me précipitai vers lui, l’enlaçant comme un frère retrouvé. « Zeip, » murmurai-je, la gorge serrée. « Nanoh, » répondit-il, sa voix rauque mais chaude, un sourire crispé sur son visage marqué par le désert. « T’es là, vieux. J’croyais t’avoir perdu pour de bon. » Je secouai la tête, les larmes aux yeux. « Moi aussi, frère. J’sais pas comment, mais… on est là. Francis, toi, moi… c’est pas un hasard, pas vrai ? » Il rit doucement, tapant mon épaule. « Non, pas un hasard. On est des durs à cuire, Nanoh. Les zombies ont pas fini d’entendre parler de nous. » « Et cette fois, » ajoutai-je, « on tiendra plus longtemps. Ensemble. » Il hocha la tête, ses yeux brillant d’une lueur farouche. « Ensemble, » répéta-t-il, avant de poser sa guitare. « Allez, viens, on va partager un bout de pain avec les autres. »

Je m’assis parmi les survivants, certains nouveaux, d’autres étrangement familiers, comme des échos d’un passé que je ne comprenais qu’à moitié. Autour du feu, nous partageâmes un repas frugal, riant et échangeant des histoires pour chasser la peur de la nuit à venir. L’atmosphère était lourde mais chaleureuse, comme si ce moment volé aux zombies nous rendait plus humains. Puis vint l’heure de fermer la porte. Je croisai Sanom, son casque luisant sous la lueur du feu. « Vas te reposer, » lui dis-je avec un sourire confiant. « Je m’occupe de la porte. » Il acquiesça, posant une main massive sur mon épaule avant de s’éloigner. La porte, lourde et grinçante, claqua dans un bruit sourd qui résonna comme un défi aux hordes tapies dans l’ombre.

De retour dans mon taudis, je retrouvai Francis, ses yeux brillant d’une intelligence presque surnaturelle. Je m’assis, commençant à lister mes tâches pour le lendemain – fouilles, barricades, atelier – mais le sommeil me frappa comme une massue. Allongé près de Francis, dont le ronronnement doux emplissait le silence, je sombrai, porté par un mélange de détermination et de souvenirs flous, prêt à affronter ce que cette nouvelle ville, et ses nuits impitoyables, nous réservaient.