J5 – La ruine

Jour 5. Le soleil écrasait le désert, transformant le sable en une mer scintillante qui brûlait les yeux. Nanoh, accompagné de Zeip, FalconCooper et Hightway, s’était aventuré dès l’aube vers les ruines d’un vieil hôtel abandonné, à la recherche de plans de construction cruciaux pour la ville. Armés jusqu’aux dents – couteaux, barres de fer, et même un fusil à eau brandi par FalconCooper avec une assurance moqueuse –, ils avançaient d’un pas léger, riant et échangeant des piques comme si l’apocalypse leur offrait un répit. L’ambiance était presque irréelle, les grognements lointains des zombies noyés par leurs éclats de voix.

L’hôtel, une coquille de béton rongée par le temps, empestait la moisissure et la poussière. Les zombies à l’intérieur, affaiblis par l’air stagnant, s’effondraient sous leurs coups sans opposer de réelle résistance. FalconCooper, enfilant ses lunettes poussiéreuses, déclencha l’hilarité en pointant son fusil à eau et lançant un « Bravo Six, going dark » avant de s’enfoncer dans l’obscurité du hall. Ils cartographièrent le rez-de-chaussée, fouillant chaque recoin, et mirent la main sur une pile de plans de construction, ainsi que quelques bricoles : des clous tordus, une bouteille d’eau à moitié vide, un briquet cabossé. Chaque trouvaille, aussi modeste soit-elle, était une victoire.

Sous la conduite de Zeip, dont l’instinct semblait infaillible pour retrouver le chemin, ils regagnèrent la ville alors que le soleil sombrait derrière les dunes. Épuisés mais portés par leurs rires, ils rejoignirent les autres survivants autour du feu. Nanoh déposa les plans auprès de Boudathor, qui, fidèle à son rôle, organisait les débats avec sérieux. Sanom, son casque de guerrier luisant sous les flammes, raconta une anecdote absurde sur un zombie dansant, faisant éclater les rires. Ils partagèrent un repas frugal, et pendant un instant, les flammes et les voix chaleureuses effacèrent l’ombre de l’apocalypse. Francis, roulé en boule près de Nanoh, observait la scène de ses yeux brillants, comme s’il comprenait tout. Le groupe planifia de retourner fouiller l’étage supérieur de l’hôtel le lendemain, mais pour l’heure, ils étaient simplement ensemble, et cela suffisait.

De retour dans son taudis, Nanoh s’effondra sur sa paillasse, épuisé par la journée sous le soleil implacable. Alors qu’il fermait les yeux, une voix douce, presque un murmure, perça le silence : « Tu as l’air heureux. » Nanoh sursauta, le cœur battant, scrutant l’obscurité. Ses yeux tombèrent sur Francis, allongé à ses côtés, ses prunelles brillant d’une intelligence perturbante, presque surnaturelle. Le regard du chat, perçant et étrangement malicieux, semblait le fixer avec une intention indéchiffrable. Hésitant, Nanoh bredouilla : « Tu… tu parles ? » Francis ne répondit pas, se contentant de le dévisager, un éclat espiègle dans les yeux. Nanoh se sentit soudain bête, un rire nerveux lui échappant. « Pff, le soleil m’a tapé sur la tête toute la journée, ça doit être ça, » marmonna-t-il, se rallongeant, troublé mais trop fatigué pour y penser davantage.

Jour 3. Le désert s’étendait autour de moi, un océan de sable brûlant sous un ciel implacable. J’avais passé la journée à fouiller les environs de la ville, restant prudemment près des barricades. Un étrange souvenir me hantait, comme une cicatrice mentale : une fois, je m’étais aventuré trop loin, et ça avait mal tourné. Était-ce un rêve ? Un jour oublié ? Impossible, j’étais là depuis seulement trois jours. Pourtant, ces images étaient à la fois si vivides et si lointaines, comme un écho d’une vie qui n’était pas tout à fait la mienne. Je secouais la tête, chassant ces pensées floues, et continuais à fouiller. La chance m’avait souri, d’une certaine manière : des réserves de nourriture abandonnées, des caisses métalliques scellées que je n’avais pas pu ouvrir, et, curieusement, un bâton de dynamite. L’idée de m’improviser artificier m’avait arraché un rire nerveux – un tel boucan aurait attiré tous les zombies du pays.

En rentrant au camp, j’observais l’agitation qui animait notre taudis de fortune. La ville vibrait d’une énergie brute : mes camarades, pleins d’entrain, allaient et venaient sans crainte. Certains partaient fouiller sans hésiter, d’autres s’acharnaient à l’atelier ou au chantier, travaillant à la construction du Purificateur des Âmes Disparues. Les pertes des premiers jours – ces têtes brûlées qui s’étaient aventurées trop loin – semblaient n’avoir entamé personne. Ce soir, une commune s’organisait autour du feu pour planifier la nuit. Boudathor, élue chamane une fois de plus – ou était-ce une impression étrange ? – dirigeait les débats avec assurance. Je me portais volontaire pour fermer la porte avec Sanom, un colosse au casque de guerrier d’un autre âge, dont la présence imposante inspirait un respect immédiat. Ses yeux, sous son heaume, brillaient d’une détermination tranquille.

Avant de rejoindre la commune, je passais chez moi poser mes affaires. Un mot griffonné était accroché à la porte, écrit d’une main hâtive : « NANOOOOOOH ! Je l’ai retrouvé ! Il était planqué dans le désert entre une âme bleue et des jerrycans ! Il a dû me reconnaître parce qu’il m’a tout de suite sauté dans les bras et il a foncé chez toi dès qu’on est rentrés en ville ! » Mon cœur s’emballa sans que je sache pourquoi. Je me précipitai à l’intérieur, et là, au centre de mon taudis, un gros chat, adorable, me fixait de ses yeux perçants. Francis ! Mon compagnon ! Sa présence fit jaillir des souvenirs comme une cascade : Zeip, les combats, une vie antérieure où nous avions lutté côte à côte. J’étais mort, oui, mort ! Et Zeip… Zeip avait continué, défiant la horde jusqu’à son dernier souffle. Ces images, étrangement claires, semblaient venir d’un temps après ma propre fin. Une vague d’émotions m’envahit – joie, douleur, fraternité – et je courus vers la commune, où le feu crépitait déjà.

Zeip était là, sa guitare fidèle à la main, achevant une mélodie douce-amère qui flottait dans l’air poussiéreux. Nos regards se croisèrent, et en un instant, tout fut clair : il se souvenait, lui aussi. Sans un mot, je me précipitai vers lui, l’enlaçant comme un frère retrouvé. « Zeip, » murmurai-je, la gorge serrée. « Nanoh, » répondit-il, sa voix rauque mais chaude, un sourire crispé sur son visage marqué par le désert. « T’es là, vieux. J’croyais t’avoir perdu pour de bon. » Je secouai la tête, les larmes aux yeux. « Moi aussi, frère. J’sais pas comment, mais… on est là. Francis, toi, moi… c’est pas un hasard, pas vrai ? » Il rit doucement, tapant mon épaule. « Non, pas un hasard. On est des durs à cuire, Nanoh. Les zombies ont pas fini d’entendre parler de nous. » « Et cette fois, » ajoutai-je, « on tiendra plus longtemps. Ensemble. » Il hocha la tête, ses yeux brillant d’une lueur farouche. « Ensemble, » répéta-t-il, avant de poser sa guitare. « Allez, viens, on va partager un bout de pain avec les autres. »

Je m’assis parmi les survivants, certains nouveaux, d’autres étrangement familiers, comme des échos d’un passé que je ne comprenais qu’à moitié. Autour du feu, nous partageâmes un repas frugal, riant et échangeant des histoires pour chasser la peur de la nuit à venir. L’atmosphère était lourde mais chaleureuse, comme si ce moment volé aux zombies nous rendait plus humains. Puis vint l’heure de fermer la porte. Je croisai Sanom, son casque luisant sous la lueur du feu. « Vas te reposer, » lui dis-je avec un sourire confiant. « Je m’occupe de la porte. » Il acquiesça, posant une main massive sur mon épaule avant de s’éloigner. La porte, lourde et grinçante, claqua dans un bruit sourd qui résonna comme un défi aux hordes tapies dans l’ombre.

De retour dans mon taudis, je retrouvai Francis, ses yeux brillant d’une intelligence presque surnaturelle. Je m’assis, commençant à lister mes tâches pour le lendemain – fouilles, barricades, atelier – mais le sommeil me frappa comme une massue. Allongé près de Francis, dont le ronronnement doux emplissait le silence, je sombrai, porté par un mélange de détermination et de souvenirs flous, prêt à affronter ce que cette nouvelle ville, et ses nuits impitoyables, nous réservaient.