J6 – Le sauvetage

Jour 6. La poussière et le sable du désert semblait vouloir consumer tout ce qui osait s’y aventurer. Nanoh, flanqué de Zeip, FalconCooper, Hightway et Sanom avait quitté la ville à l’aube, leurs pas lourds faisant crisser le sol aride. Leur destination : l’étage supérieur des ruines d’un vieil hôtel abandonné, un squelette de béton envahi par la poussière et les ombres, où ils espéraient dénicher des plans de construction pour renforcer les barricades branlantes de leur taudis. Armés jusqu’aux dents, ils avançaient dans une camaraderie électrique, leurs rires résonnant comme un défi aux horreurs tapies dans le désert.

L’hôtel était un tombeau silencieux, ses couloirs étouffants saturés d’une odeur de moisissure et de pourriture. Les zombies à l’intérieur, engourdis par l’air vicié, titubaient comme des marionnettes cassées, leurs yeux vides à peine capables de suivre les ombres des survivants. Nanoh et ses compagnons les abattirent sans peine, le craquement des crânes résonnant dans les halls dévastés. Ils fouillèrent méthodiquement, cartographiant les corridors effondrés, dénichant une pile de plans de construction – des esquisses froissées, mais précieuses pour la ville. Quelques bricoles complétaient leur butin : une poignée de vis, une lampe à moitié cassée, un sac de ciment, et une caisse d’outils en tout genre. Chaque objet, aussi insignifiant soit-il, était une lueur d’espoir pour leur survie. Alors que le soleil déclinait, Zeip partit fouiller un quartier voisin, FalconCooper regagna la ville pour des tâches urgentes, et Nanoh, après un dernier regard sur les ruines, prit le chemin du retour seul, les épaules lourdes de ces nouvelles trouvailles.

De retour au camp, Nanoh rejoignit les autres survivants autour du foyer central, où les flammes dansaient faiblement sous le ciel étoilé. Ils discutaient des plans rapportés, leurs voix pleines d’un optimisme fragile mais tenace, imaginant des barricades plus solides, un atelier plus efficace. Boudathor, fidèle à son rôle de chamane, griffonnait des notes, tandis que Sanom, imposant dans son casque, plaisantait sur la solidité des planches qu’ils avaient clouées ce matin-là. L’atmosphère était chaude, presque joyeuse, quand un appel crépita soudain à la radio, déchirant le calme. C’était Senja, sa voix tremblante, presque brisée, résonnant dans l’appareil cabossé. « Je… je suis coincé, » balbutia-t-il. « À quatre kilomètres au nord, près d’un laboratoire cosmétique. Les zombies… ils sont partout. Je peux plus bouger. » Nanoh sentit son cœur s’arrêter une fraction de seconde. Il connaissait cet endroit – il l’avait fouillé trois jours plus tôt, ses couloirs jonchés de tubes brisés et d’affiches délavées vantant des crèmes miracles. Sans réfléchir, il se leva d’un bond. « J’arrive Senja, tu te met en sécurité et tu bouges pas !, » lança-t-il, sa voix ferme malgré les regards inquiets de ses camarades. Il attrapa un lance-piles, son bourdonnement familier vibrant dans sa main, et une vieille chaîne rouillée qui pendait près de la porte, puis s’élança dans la nuit, ignorant les murmures de prudence derrière lui.

Le désert, plongé dans l’obscurité, semblait vivant, chaque ombre cachant une menace. En courant, Nanoh sentit des souvenirs flous l’envahir, comme des éclats de verre dans son esprit : un baroud d’honneur avec Zeip dans un Burger King délabré, des grognements de zombies, le sang et la rage d’une lutte désespérée. Ces images, à la fois nettes et insaisissables, alimentaient sa détermination. Il se jura qu’aucun zombie ne toucherait Senja. Bientôt, il aperçut le laboratoire, sa silhouette décharnée se découpant sous la lune. Senja était perché sur le porche d’un parking adjacent, agrippé aux piliers, les yeux écarquillés de terreur. En bas, une poignée de zombies grattaient frénétiquement le béton, leurs griffes raclant dans un bruit écœurant. « Senja ! Tiens bon, j’arrive ! » murmura Nanoh à la radio, sa voix à peine audible. Il se glissa dans l’ombre, rapide et silencieux comme un chat, puis déchaîna sa fureur. Le lance-piles crépita, projetant des éclairs bleutés qui firent exploser les crânes des zombies. La chaîne siffla, s’enroulant autour d’un cou putréfié avant de l’arracher d’un coup sec. Les créatures s’effondrèrent, leurs grognements s’éteignant dans un gargouillis immonde. Nanoh, haletant, leva les yeux vers Senja. « C’est fini ! Descends, vite ! » lança-t-il.

Senja, tremblant, le visage blême, hésita, ses mains crispées sur le rebord. « J-j’arrive… ils étaient trop nombreux… j’ai cru que c’était fini, » bredouilla-t-il, sa voix à peine audible. Nanoh grimpa à mi-hauteur pour l’aider, posant une main ferme sur son bras. « T’es en vie, c’est tout ce qui compte. Tiens, » dit-il, lui tendant une bouteille de vodka sortie de son sac. « Bois un coup, ça va te remettre. » Senja avala une gorgée, grimaçant sous la brûlure de l’alcool. « T’es complètement taré, Nanoh, » murmura-t-il, un faible sourire perçant sa peur. Nanoh ricana, essuyant la sueur de son front. « Ouais, mais t’es pas mort, alors je prends ça comme une victoire. Allez, suis-moi, on dégage. » Ils s’éloignèrent du laboratoire, Nanoh ouvrant la voie à travers les ruines délabrées, ses sens en alerte, la chaîne toujours serrée dans sa main. Senja, encore secoué, suivait dans son ombre, marmonnant : « Comment t’as fait pour les défoncer comme ça ? T’as pas peur ? » Nanoh haussa les épaules, un éclat farouche dans les yeux. « Peur ? Si, tout le temps. Mais j’me dis que si je m’arrête, c’est eux qui gagnent. Alors je continue. » Senja hocha la tête, impressionné. « Merci, Nanoh. Sans toi… » Il ne finit pas sa phrase, mais Nanoh posa une main sur son épaule. « Pas de ça. On est une équipe. On rentre ensemble, point. »

Au cœur du désert, deux zombies surgirent des ténèbres, leurs silhouettes titubantes éclairées par la lune. Dans l’espace dégagé, ils n’avaient aucune chance. Le lance-piles de Nanoh crépita, abattant le premier d’un éclair précis. La chaîne faucha le second, son crâne éclatant comme une poterie brisée. « Reste près de moi, » ordonna Nanoh, sa voix calme mais ferme. Senja, l’alcool commençant à détendre ses nerfs, murmura : « Zombies de merde » Nanoh ricana. « j’aurais pas dit mieux ». Les lumières vacillantes du camp apparurent enfin, comme une âme vacillante dans la nuit. Quelques minutes plus tard, ils franchirent les portes, accueillis par leurs amis électrisés par leur retour. Ellie se précipita sur Senja, l’enlaçant si fort qu’il manqua de tomber. « Senja, espèce d’idiot ! » s’écria-t-elle, reculant pour le fusiller du regard. « T’es puni d’expédition ! Plus le droit de sortir sans escorte, compris ? :rage: » Senja, encore pâle, bredouilla : « Promis, Ellie, j’le referai plus… » La foule céda un rire, et Boudathor s’approcha, tapant l’épaule de Nanoh. « T’es un grand malade Nanoh, mais merci. » Nanoh haussa les épaules, gêné, avant s’écarter quelques peu, et laisser l’attention se porter sur Senja.

La foule se dirigea vers le foyer central, où les flammes rugissaient, défiant la nuit froide du désert. Ils partagèrent un repas frugal – du pain dur, quelques conserves racornies, mais ce soir, ça avait le goût d’un festin. Les rires fusaient, les histoires s’entremêlaient : PandiPanda raconta une anecdote du jour ou il avait dévalé une colline en caddie, les zombies aux fesses, et Hightway décrivit une fouille ou ses companions de route avait failli le zigouiller, le prenant pour un zombie. Nanoh, assis parmi eux, sentait la chaleur du feu et des voix apaiser l’adrénaline qui courait encore dans ses veines. Francis, tapi près de lui, observait la scène, ses yeux brillants suivant chaque mouvement comme s’il veillait sur la ville entière. Nanoh leva une gourde d’eau, sa voix claire perçant le brouhaha. « À la ville ! À nous, qui tenons bon contre ces saletés de zombies ! » Les autres levèrent leurs verres improvisés, leurs cris résonnant dans la nuit comme un défi lancé aux hordes du désert.

Plus tard, dans son taudis, Nanoh s’effondra sur sa paillasse, le corps lourd d’épuisement. Francis s’installa à ses côtés, son ronronnement doux emplissant le silence. Nanoh fixa le chat, ses yeux luisant dans l’obscurité, et pendant un instant, il crut revoir un éclat étrange, comme la veille, mais aucun murmure ne vint troubler la nuit. Il sourit, posant une main sur la fourrure chaude de Francis. « on a bien travaillé aujourd’hui, hein, mon vieux ? » murmura-t-il, la fatigue brouillant ses pensées. Francis cligna lentement des yeux, comme pour répondre, et Nanoh sombra dans un sommeil profond, bercé par la présence de son compagnon et la certitude que, pour ce soir, la ville était en sécurité.