J9 – Une expédition

Jour 9. Une brume légère flottait sur le désert, voilant le soleil d’un éclat pâle qui rendait l’horizon étrangement flou, comme un mirage hésitant entre réalité et illusion. Nanoh, flanqué de Naath et Boudathor, s’était élancé hors de la ville pour une expédition modeste, visant un amas de ruines repéré la veille. Naath, vive et alerte, scrutait chaque ombre avec une précision de chasseur, son couteau glissé à sa ceinture scintillant faiblement. Boudathor, toujours pragmatique, portait une carte griffonnée, ses yeux plissés scrutant les repères dans le sable. Leurs sacs étaient légers, leurs armes prêtes à l’emploi. L’air, inhabituellement frais pour une matinée dans ce désert maudit, portait une odeur de terre sèche et de métal oxydé. Ils avançaient en silence, leurs pas rythmés par un instinct de survie affûté, mais l’absence de grognements de zombies rendait la journée presque paisible, comme si l’apocalypse leur offrait une trêve éphémère.

Les ruines, un labyrinthe de murs effondrés et de poutres tordues, se révélèrent plus ou moins utiles. Après des heures de fouille, la trouvaille la plus intéressante fut un sac de ciment, qui se révèlera essentiel pour la suite des chantiers. Naath soupira, jetant un carton de clous dans son sac. « Pas la journée du siècle, » marmonna-t-elle, essuyant la sueur de son front. Boudathor, repliant sa carte, haussa les épaules. « On a vu pire. Rentrons avant que la brume se lève. » À mi-chemin, la radio de Nanoh crépita, brisant le calme. La voix de Senja, tendue mais moins paniquée que lors de son dernier appel, s’éleva : « Je suis coincé, pas loin, dans une maison délabrée. Le toit est parti, et y a des zombies qui rôdent. C’est gérable, mais le retour… trop risqué seul. » Nanoh attrapa la radio, sa voix ferme. « Reste là, Senja. On fait un crochet par toi sur le retour. Bouge pas. » Naath échangea un regard avec lui, un sourire en coin. « Ce gars attire les ennuis comme un aimant. » Boudathor, plus sérieuse, hocha la tête. « Allons-y, mais restons vigilants. »

Le détour les mena à travers une plaine où la brume s’accrochait au sol, donnant au désert une aura fantomatique. Ils trouvèrent Senja perché sur un mur de pierre d’une maison en ruines, son toit envolé depuis longtemps, laissant le ciel gris s’ouvrir au-dessus de lui. Quelques zombies traînaient en bas, leurs mouvements lents et désordonnés, comme s’ils sentaient la présence de Senja sans pouvoir l’atteindre. Nanoh, Naath et Boudathor s’avancèrent, armes dans la main. « Senja, on arrive ! » lança Naath, sa voix coupant la brume. Le premier zombie s’effondra sous un éclair précis, son crâne éclatant dans un craquement sourd. La chaîne de Boudathor s’abattit sur le second, le réduisant en un tas informe. « Descends, c’est bon ! » cria-t-elle. Senja, les traits tirés mais soulagés, sauta au sol, époussetant son pantalon. « Vous êtes des sauveurs, » dit-il, un sourire gêné aux lèvres. Naath ricana, lui tapant l’épaule. « T’as un don pour les plans foireux, toi. » Boudathor, vérifiant les alentours, ajouta : « On bouge, la brume camoufle les zombies. » Ils reprirent la route, Nanoh en tête, ses sens aiguisés par l’adrénaline, mais le désert resta calme, les grognements lointains étouffés par l’épais voile gris.

De retour à la ville, les portes grincèrent sous leurs pas, et ils furent accueillis par des regards fatigués mais chaleureux. Ellie, qui triait des planches près du chantier, leva la tête et lança à Senja : « Encore toi ? T’as un abonnement aux galères, ou quoi ? » Senja haussa les épaules, riant. « Faut bien animer vos journées. » La soirée s’installa, typique et réconfortante, autour du foyer central où les flammes dansaient, défiant l’obscurité. Les survivants partagèrent un repas frugal – des conserves amères, du pain dur, une gorgée d’eau trouble – mais la camaraderie donnait à chaque bouchée une saveur d’espoir. Nanoh, assis parmi eux, sentait la chaleur du feu apaiser ses muscles endoloris, le murmure des voix chassant la tension de la journée.