J14 – L’attaque

Jour 14. La ville, un fragile bastion de tôles et de planches clouées à la hâte, semblait tenir par la seule force de la volonté de ses habitants. Ces trois derniers jours, Nanoh avait vu ses compagnons orchestrer des expéditions d’une audace presque insensée, des raids dans le désert pour ramener des ressources vitales. Il avait participé à l’une d’elles, trois jours plus tôt, bravant la chaleur et les ombres menaçantes des ruines. Mais depuis, il s’était ancré au cœur de la ville, ses mains calleuses s’activant sur les chantiers. Grand Déménagement, Animalerie, Monticules Canons, Perforeuse, Labyrinthe, Muraille Évolutive, Poutres de Renfort, Pulvérisateur, Pluvio-Canons – chaque projet portait un nom qui sonnait comme un défi à l’apocalypse, chaque clou enfoncé un acte de foi. La ferveur qui animait la ville était palpable, une énergie brute où chaque survivant donnait tout, du charpentier au guetteur, pour bâtir un rempart contre l’inéluctable. Nanoh, martelant une poutre, sentait dans ses muscles endoloris une étrange fierté : ils étaient ensemble, et cela suffisait à faire naître l’espoir.

Mais ce soir, alors que le ciel s’assombrissait, une tension lourde s’était installée. Malgré leurs efforts titanesques, les défenses restaient fragiles, des murs de fortune face à un ennemi implacable. HuangZhang, qui avait endossé le rôle de leader avec une autorité naturelle, revint du scrutateur, son visage marqué par une gravité inhabituelle. Ses mots tombèrent comme un couperet : un nuage de poussière, immense, s’approchait de la ville, porté par le grondement d’une horde de zombies – des milliers, peut-être, une marée de chairs putréfiées roulant vers eux. Un silence glacé s’abattit sur l’assemblée, vite brisé par la voix ferme de HuangZhang. « Il nous faut dix volontaires pour veiller cette nuit. Dix pour tenir les murs, pour protéger les autres. » Un à un, les courageux se levèrent, leurs silhouettes se découpant contre la lueur vacillante du foyer central : GwenTanamus, Bouda, Youn, Zeakio, Balicorne, deuG, Sanom, PandiPanda. Nanoh, le cœur battant, s’avança à son tour, son regard croisant celui de ses camarades. Ils savaient le risque, mais ils savaient aussi que la ville reposait sur leurs épaules.

HuangZhang, méthodique, passa en revue leurs armes, distribuant couteaux, canifs, tournevis, et quelques vivres pour tenir la nuit. Nanoh serra un couteau à la lame ébréchée, son poids familier dans sa main, tandis qu’une gourde d’eau trouble et un morceau de pain dur rejoignaient son sac. Avant l’attaque, les veilleurs se réunirent près du feu, un cercle de visages tendus mais résolus. Sanom, son casque de guerrier luisant sous les flammes, leva une bouteille de liquide douteux – un tord-boyaux distillé par un survivant audacieux. « À nous, » grogna-t-il, sa voix grave portant sur le groupe. Ils burent, l’alcool brûlant leurs gorges, un feu liquide pour chasser la peur. GwenTanamus, les yeux brillants, murmura : « On tiendra. On a toujours tenu. » PandiPanda, plus silencieuse, hocha la tête, ses doigts serrant un tournevis comme une arme sacrée. Nanoh, un sourire crispé aux lèvres, ajouta : « Pour la ville. Pour les autres. » Les regards se croisèrent, un pacte tacite scellé dans le silence.

Ils prirent position sur les murs, l’obscurité s’épaississant autour d’eux. Le grondement de la horde approchait, un roulement sourd qui semblait faire trembler le sol, comme si la terre elle-même frémissait d’effroi. Nanoh, posté entre Zeakio et Sanom, scrutait l’horizon, son couteau prêt, son souffle court. Le nuage de poussière, à peine visible sous la lune pâle, se rapprochait, ponctué de grognements gutturaux et du craquement des os brisés. Zeakio, à sa gauche, murmura : « Ça va être moche, pas vrai ? » Nanoh serra les dents, son regard fixé sur l’ombre grandissante. « Ouais. Mais on est là. Ensemble. » Sanom, à sa droite, posa une main massive sur son épaule. « Tiens ton poste, Nanoh. On compte sur toi. » Nanoh hocha la tête, son cœur battant à tout rompre, mais porté par la présence de ses camarades.

En contrebas, la ville s’était tue, les survivants restés à l’abri retenant leur souffle. Nanoh jeta un regard à ses compagnons alignés sur le mur – GwenTanamus, ajustant sa prise sur un canif ; Bouda, les yeux plissés, scrutant la brume ; Youn, immobile, un tournevis serré comme une épée. Ils étaient dix, un rempart vivant contre une marée de mort. Le grondement s’intensifia, et les premières silhouettes titubantes émergèrent de la poussière, leurs yeux vides luisant sous la lune. Nanoh sentit une prière muette monter en lui, non pas pour un dieu oublié, mais pour ses amis, pour la ville, pour le matin qu’il espérait voir se lever. Avec un dernier regard à ses camarades, il raffermit sa prise sur son couteau, prêt à affronter la nuit, le cœur vibrant d’un mélange de peur et de défi.


Bonus: RP by @Boudathor

La journée fût rude. L’expédition dont je faisait parti, guidée par HuangZhang, était partie au sud, explorer des zones où, d’après notre scrutateur, des zones s’étaient renouvelées quelques jours plus tôt. En rentrant, l’urgence est apparue: nos défenses ne seraient pas suffisantes pour que nous soyons tous en sécurité. Nous l’avions prévu, un chemin de garde parcourant tout le tour de la ville, au cas où.

Nanoh, Youn, Balicorne, DeuG, GwenTanamus, PandiPanda, Sanom,Zeakio et moi, veilleurs d’une nuit pour tous tenir. On s’équipe, on ajuste, et on croise les doigts.

<<Drôle de soirée, on ne s’attendait pas à çà hein?>> Me lance Gwen, qui était avec moi toute la journée.

<<Non, la nuit va être courte, mais on sera tous là demain matin , et c’est tout ce qui compte!>>

Quelque part dans la ville, j’entends quelqu’un hurler <<ON VA TOUS MURRIIIIIIIIIR>>. Dans ma tête, cela ressemble étrangement à quelque chose que j’ai connu, sûrement avant l’apocalypse zombie. Un léger sourire, une chaîne dans chaque main, je les attend. ON les attend,tous.

Ce n’est pas aujourd’hui qu’on va mourir. C’est EUX qui vont y passer.