J2 – Francis

Le soleil brûlait à son zénith, projetant une lumière crue sur les ruines poussiéreuses où Nanoh poursuivait ses fouilles, à un kilomètre au sud du bâtiment abandonné qu’il avait exploré plus tôt dans la matinée. Ses mains, couvertes de terre, dégageaient les débris avec une précision méthodique, tandis qu’un gros chat au pelage ébouriffé, découvert parmi les gravats, trottinait à ses côtés comme un compagnon inattendu. La radio grésilla dans sa poche, laissant échapper la voix lasse de Zeip qui parlait de sa vie d’avant. Nanoh esquissa un sourire, saisit l’émetteur et pressa le bouton, sa voix claire résonnant dans l’air sec de midi.

« Zeip, je t’ai entendu à la radio tout à l’heure, » lança Nanoh, un rire dans la voix malgré la sueur qui coulait sur son front. « Sous-titreur pour la télévision, vraiment ? Ce n’est pas rien, tu sais ! Si tu pouvais sous-titrer des zombies, on saurait peut-être s’ils veulent juste un café ou nous dévorer ! » Il rit doucement, jetant un coup d’œil au chat qui reniflait un morceau de métal rouillé.

Nanoh reprit la radio, son ton se faisant plus grave alors qu’il reprenait la parole. « Pour info, je suis à un kilomètre au sud du bâtiment que j’ai commencé à déblayer ce matin, à six kilomètres au nord. Je n’ai pas terminé là-haut, mais j’ai trouvé une âme errante dans les décombres… probablement celle de ce pauvre Dr Mapoule, qui a dû y passer cette nuit. Je la ramènerai en ville pour qu’on s’en occupe. » Il marqua une pause, caressant distraitement le chat qui se frottait contre sa jambe, puis ajouta avec un sourire taquin. « Et un grand bravo à Boudathor pour son élection comme Chamane ! Bon, ton rôle de Chamane, c’est un peu du mysticisme de foire, mais il faut bien avouer que tes tours nous tirent parfois d’affaire ! Je rentrerai au camp avant le coucher du soleil, pas question de camper dehors avec les zombies. Bonne chasse à tous, et trouvez du matériel digne de ce nom ! »

Nanoh coupa la radio, son regard balayant l’horizon où les ombres des ruines s’étiraient sous la lumière implacable. Le chat miaula doucement, comme pour approuver, et Nanoh reprit ses fouilles, déterminé à tirer le meilleur parti de cette journée avant que la nuit ne ramène ses dangers.

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Le crépuscule s’abattait sur le camp, drapant les ruines d’une lumière orangée qui s’effaçait lentement dans l’obscurité grandissante. Nanoh revenait de ses fouilles, les muscles endoloris par une journée harassante, son sac alourdi par quelques trouvailles maigres et le gros chat ébouriffé qu’il avait décidé d’appeler Francis, blotti contre lui comme une ombre fidèle. La radio était restée silencieuse la plupart du temps, et l’ambiance au camp semblait plus pesante, les survivants échangeant à peine quelques mots, leurs regards lourds de fatigue et d’inquiétude. Nanoh s’arrêta près des barricades, son rôle de gardien des portes pesant sur ses épaules comme une responsabilité qu’il ne pouvait ignorer, scrutant l’horizon dans l’espoir vain d’y voir une silhouette familière.

Son esprit était hanté par Senja, qui n’avait pas pu rentrer à temps et se retrouvait forcée de camper à quelques kilomètres de là, seule dans la nuit hostile. Chaque craquement au loin, chaque murmure du vent, faisait naître en lui une appréhension tenace, une prière silencieuse pour qu’elle survive aux assauts des zombies jusqu’au matin. Il s’attarda près des portes, les doigts crispés sur la radio, espérant un signe, un message, mais rien ne vint. Francis, lové à ses pieds, miaulait doucement, comme s’il sentait l’angoisse de son maître, et Nanoh lui gratta la tête machinalement, cherchant un réconfort dans ce geste simple.

Les étoiles perçaient à peine le ciel voilé, et l’heure fatidique approchait. Nanoh savait qu’il ne pouvait plus attendre ; laisser les portes ouvertes plus longtemps mettrait tout le camp en danger. Pourtant, il traîna, le regard fixé sur l’obscurité, luttant contre l’envie d’appeler Senja une dernière fois par radio. L’assurance qu’elle ne pourrait pas rentrer ce soir le rongeait, mais il n’avait pas le choix. Avec un soupir lourd, il saisit les lourdes planches de la barricade, leurs grincements résonnant comme un adieu temporaire à l’espoir. Les portes se refermèrent dans un bruit sourd, scellant le camp pour la nuit.

Nanoh s’adossa contre le mur, Francis se frottant contre ses jambes, ses yeux luisant dans la pénombre. L’inquiétude pour Senja ne le quittait pas, mais il ne pouvait rien faire de plus ce soir. Demain, il retournerait là dehors, chercherait des traces, des nouvelles, n’importe quoi pour s’assurer qu’elle allait bien. Pour l’instant, il n’y avait que le silence du camp, le crépitement lointain d’un feu mourant, et l’attente d’une aube incertaine. On verra demain, pensa-t-il, serrant les poings, tandis que la nuit s’installait, menaçante, autour d’eux.