J7 – Une journée tranquille

Le cinquième jour s’ouvrit sur un calme inhabituel, une pause presque irréelle dans le chaos constant du désert. Le ciel, d’un gris pâle, semblait retenir son souffle, et le camp, encore marqué par les efforts frénétiques des jours précédents, bourdonnait d’une activité plus mesurée. Il partit fouiller les ruines à quelques kilomètres, espérant trouver quelque chose d’utile, mais revint les mains vides, les décombres ne lui offrant que poussière et débris inutiles. Déçu, il rentra au camp en fin d’après-midi, le pas lourd, son esprit embrouillé par une fatigue autant physique qu’émotionnelle.

L’ambiance du camp était étrangement apaisée, comme si chacun, épuisé par les nuits précédentes, s’était résigné à une trêve silencieuse. Nanoh, chargé une fois de plus de fermer les portes, s’acquitta de sa tâche avec une mécanique presque absente. Ses pensées tournaient en boucle, entre l’embarras de la veille et la frustration de sa fouille infructueuse. Les lourdes planches grincèrent sous ses mains, et le claquement du verrou résonna dans le silence crépusculaire, un son qui semblait sceller non seulement le camp, mais aussi son humeur catatonique. Il s’éloigna des barricades, le regard perdu, Francis trottinant à ses côtés, sa présence fidèle un maigre réconfort dans cette journée morne.

En poussant le rabat de sa tente, Nanoh s’arrêta net, les yeux écarquillés. Un énorme rat, au pelage gris et aux yeux luisants, trônait au centre de son abri, ses moustaches frémissant tandis qu’il reniflait l’air. Contre toute attente, Francis, loin de le chasser, était lové à ses côtés, ses pattes repliées sous lui, l’air parfaitement à l’aise. Les deux animaux semblaient avoir conclu une trêve improbable, presque amicale. Nanoh, abasourdi, repéra un mot griffonné posé sur son sac. Il le déplia, reconnaissant l’écriture de Rbinou : « Je t’ai laissé un rat géant pour que Francis ait de quoi manger. Mais apparemment, il a sympathisé… Drôle de bête, celui-là. » Un sourire fatigué naquit sur ses lèvres, chassant un instant son apathie. Il s’assit près de Francis et du rat, secouant la tête, amusé par l’absurdité de la situation.

Nanoh s’assit près de Francis et du rat, observant leur cohabitation inattendue sous la lueur douce d’une lampe improvisée. La journée avait été vide de trouvailles et pesante d’émotions, mais cette scène étrange apportait une touche d’absurde qui rompait la monotonie. Il caressa Francis, jetant un regard neutre au rat, qui grignotait un bout de tissu sans prêter attention à lui. Allongeant sur sa paillasse, il laissa le silence du camp l’envelopper, Francis et son nouvel « ami » à ses côtés. La nuit s’annonçait, et avec elle, un nouveau jour à affronter, mais pour l’instant, il se contentait de reposer son corps et son esprit, prêt à reprendre la lutte demain.[